Quand on dit course à la présidentielle, cela va souvent avec un élu de droite empêtré dans une affaire judiciaire.L'ancien premier ministre et maire du Havre, Édouard Philippe, est visé par une information judiciaire ouverte par le parquet national financier pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion.La concussion, c'est la perception illicite d'argent par un fonctionnaire.Une affaire qui se qui trouve son origine dans le signalement d'une lanceuse d'alerte dès 2023.Alors de quoi parle-t-on exactement ?Quels sont les faits reprochés à Édouard Philippe ?
Pourquoi la justice décide-t-elle aujourd'hui de passer à une nouvelle étape ?Pour en parler, nous recevons maître Jérôme Carcenti, avocat de la lanceuse d'alerte dans ce dossier.Bonjour, maître.Bonsoir.C'est parti pour l'entretien.Merci d'être avec nous, de nous permettre d'y voir un peu plus clair.
Vous êtes l'avocat de la lanceuse d'alerte.Qu'est-ce qui a convaincu cette fois-ci le parquet national financier d'aller d'ouvrir cette enquête, cette information judiciaire ?
Alors c'est pas le parquet national financier qui est convaincu d'ouvrir une une enquête, une information judiciaire, mais pour récapituler en quelques mots, quand une victime, une plaignante dépose une plainte, elle doit d'abord la déposer auprès du procureur de la République.C'est comme ça que ma cliente, on va l'appeler Judith puisqu'elle elle veut conserver l'anonymat, donc ma cliente a déposé une plainte auprès du parquet national financier parce qu'on est sur une une affaire d'ampleur nationale s'agissant d'Édouard Philippe et parce que ça porte sur des problématiques économiques et financières et que donc le parquet national financier a compétence.Une enquête préliminaire sous le contrôle du parquet a été diligentée.Il y a eu des perquisitions, il y a eu un certain nombre d'actes qui ont été réalisés.Sauf que cette plainte avait. que cette plainte avait.déjà près de deux ans, qu'on ne savait pas trop où allait le parquet, qu'on n'avait pas réellement d'informations, et à ce la plaignante a la possibilité de reprendre la main sur son dossier, et c'est ce qu'a fait Judith, puisqu'elle a déposé une plainte avec constitution de partie civile, qu'elle a fait désigner un juge d'instruction.
Ce qui était un peu étonnant, c'est que nous avons déposé cette plainte avec constitution de partie civile au mois de juin 2025.Oui, c'est ça.Et que on a su hier, donc c'est-à-dire très récemment, que il y avait ce qu'on appelle un requisitoire introductif, c'est-à-dire que le procureur de la République a enfin décidé de bien vouloir saisir sur notre plainte, ce qui normalement est automatique, il n'a pas trop le choix normalement le procureur, il est obligé de faire ça, mais il a mis presque un an pour le faire.Donc il y a eu probablement des résistances, je ne sais pas de quelle nature.Est-ce que entre-temps il y a eu le changement du procureur national financier à la tête du parquet national financier ?Est-ce que ça a eu des conséquences ?
Est-ce que c'est simplement la charge du parquet, toujours est-il que on a eu un requisitoire qui reprend effectivement l'ensemble des préventions qui sont visées dans notre plainte et qui permettra effectivement la désignation d'un juge d'instruction.
Et justement, quels sont les faits reprochés à Édouard Philippe ?
Alors je ne vais pas rentrer trop dans le détail, mais juste qu'on comprenne que c'est à l'occasion de ses fonctions, non pas de premier ministre, mais au sein de la communauté urbaine du Havre, puisqu'il était le président de cette communauté urbaine, puis il a été nommé premier ministre.Mais admettons que dans le cadre de cette gestion-là, il y avait, d'ailleurs, il y a eu un concours pour toutes les grandes villes, un projet d'une cité numérique.Et pour gérer ce qu'on appelle une cité numérique, on avait un lieu qui était un tiers lieu à disposition à la communauté urbaine du Havre, et il fallait savoir, puisque ça ne. urbaine du Havre, et il fallait savoir, puisque ça ne.pouvait pas être géré nous directement par la communauté il fallait que ça soit géré par un organisme tiers bon il y a eu un premier débat de savoir quel était le type d'organisme qui devait gérer ça et normalement serait dû être une association indépendante or on a préféré pour des raisons tout à fait stratégiques de faire gérer ce tiers lieu par c'est un peu technique mais par un service et c'est un service qui dépendait directement de la collectivité de sorte que les fonds allaient directement à ce service sans qu'il y ait ce qu'on appelle un appel à la concurrence normalement il y aurait dû avoir un appel à la concurrence pour voir si un certain nombre de structures pouvaient prétendre à gérer cette cité numérique en procédant de la sorte par une sorte de détournement de la loi on a en réalité permis quoi que une proche de monsieur Édouard Philippe Stéphanie de Bazler adjointe chargée de l'innovation et du numérique à la mairie du Havre tout à fait qui en réalité était une chef d'entreprise et on a une chronologie qui est intéressante elle est chef d'entreprise elle vend son entreprise qui était assez florissante sur le port du Havre très chère du marché elle est à ce candidate avec Édouard Philippe à la collectivité sur la liste elle est nommée élue quatorzième sur la liste elle crée dans la foulée une association qu'elle met à son nom et à son domicile et elle va concourir à ce sans concurrence d'aucune autre sorte bénéficiant ainsi de toutes les subventions publiques qu'elle a pu gérer de manière tout à fait catastrophique puisqu'il y a eu de l'ordre de deux millions d'euros qui ont été versés à cette structure deux millions d'euros dont au bout de deux ans en réalité on ne sait pas ce qui a été fait il y avait énormément de personnel avec des salaires importants une activité quasiment inexistante importants une activité quasiment inexistanteet au final, au bout de deux ans, une liquidation judiciaire.Donc c'est des fonds publics et ces fonds publics, on ne sait pas ce qu'ils sont devenus en réalité.
C'est l'objet de la plainte.Ma cliente, elle est quoi là-dedans ?Elle est directrice générale adjointe à la communauté urbaine du Havre.Elle est haut fonctionnaire, elle est énarque et elle travaille.Elle fait son travail.Il se trouve qu'elle va regarder d'un peu plus près ce qui se passe parce que c'est son travail et que quand elle va constater qu'il y a des irrégularités, elle va les dénoncer.
Et vous savez, c'est tout le problème et on pourra en parler longuement.La question des lanceurs d'alerte.
Parce qu'elle juste vous interrompt.Oui.Elle.Non, pas du tout.Au contraire, elle dénonce les faits en 2023, c'est ça ?Et finalement, il y a une perquisition en 2024, plainte 2025.
Ce qu'elle a, elle est reconnue comme lanceuse d'alerte en 2025.Et c'est aujourd'hui que tout d'un coup, l'affaire prend une autre tournure.Le fait qu'elle soit reconnue comme lanceuse d'alerte, qu'est-ce que ça change par rapport au fait qu'elle les porte plainte en 2023 ?
En réalité, vous avez depuis 2016, puis 2019, bref, un statut qui est le statut des lanceurs d'alerte qui n'existait pas avant, qui a pour vocation de protéger quelqu'un qui va dénoncer un fait faux, de protéger contre toutes les ce qu'on appelle les mesures de représailles, le harcèlement, les dénonciations, etc.Ce statut-là, il est en fait un peu ambigu parce que vous avez le défenseur des droits qui est effectivement une autorité administrative indépendante qui est prévue par la Constitution et qui émet un avis sur le statut d'un lanceur d'alerte.Et donc notre cliente, ma cliente, a obtenu un avis favorable, c'est-à-dire qu'elle a reconnu que ma cliente avait dénoncé des faits justes, des faits vrais et que en représailles, elle avait subi un harcèlement qui avait conduit harcèlement qui avait conduit
dégradé à la fois sa situation psychique mais également sa condition de santé et donc on a véritablement un dossier qui est très important aujourd'hui Edouard Philippe ce que je ne connais pas moi je suis un spécialiste des lanceurs d'alerte je n'ai encore jamais vu qu'un avis du défenseur des droits ait été attaqué Edouard Philippe a saisi le tribunal administratif pour contester cet avis qui est favorable parce qu'il sait très bien qu'en réalité c'est déjà une présomption effectivement donc Edouard Philippe lui conteste ces accusations et d'ailleurs ses soutiens sont plutôt sereins face à ces accusations je propose d'écouter Christophe Béchu secrétaire général de son parti Horizon et directeur de sa campagne présidentielle et on en parle juste après rien de nouveau c'est une vieille affaire vous êtes le rappeler par rapport aux dates et avec une danseuse d'alerte qui parce qu'il parce qu'elle s'est constituée partie civile quand vous vous constituez partie civile il y a automatiquement un nouvel acte de procédure et c'est cet acte de procédure qui a été annoncé hier par le parquet national financier je rappelle que il y a eu près de deux ans d'enquête avec le fait d'essayer de trouver les traces de ce que cette dame était susceptible d'avancer qui n'ont débouché sur rien et c'est la raison pour laquelle elle a relancé la procédure d'une enquête ça c'est que ça n'a pas forcément débouché sur rien sinon il n'y aurait pas l'ouverture d'une enquête l'ouverture d'une enquête elle est consécutive au fait de vous constituer partie civile et donc il y a eu un nouvel acte de procédure par la plaignante déplorant manifestement sans doute que la justice justement n'ait rien trouvé et donc en posant un nouvel acte disant je me constitue partie civile vous avez l'obligation la justice a l'obligation à ce d'ouvrir une nouvelle phase judiciaire c'est juste ce qui s'est passé quand vous entendez Christophe Béchu qui dit que la justice n'a rien trouvé que vous pouvez lui répondre je dis qu'il lit dans le marc de café ce monsieur parce que la justice que la justice
justement, la problématique de l'enquête préliminaire, c'est qu'elle est couverte par ce qu'on appelle le secret de l'enquête.Le secret de l'enquête fait que ni lui, ni Edouard Philippe, ni moi, partie civile, on ne sait ce qu'il se passe.Donc il n'y a pas eu de classement sans suite.Absolument pas.S'aurait pu être juste ce qu'il disait s'il y avait eu un classement sans suite.Le parquet national financier n'a absolument pas clôturé son enquête.
L'enquête était toujours en cours.Simplement moi partie civile, à un moment donné, quand une enquête dure et elle durait depuis un certain temps et que je suis sourd, aveugle et muet de savoir ce qu'il se passe au sein même de cette enquête, ben je dépose une plainte avec constitution de partie civile qui change quoi ?Qui change la nature de l'enquête.C'est-à-dire qu'on n'a plus un procureur sous l'autorité du pouvoir exécutif, mais on a un juge indépendant qui enquête.Et ce juge indépendant donne accès parce que c'est la procédure à l'ensemble des parties au dossier.C'est-à-dire que à partir du moment où un juge d'instruction sera désigné, je saurais ce qu'il y a enfin dans cette enquête et je pourrais de surcroît orienter éventuellement les investigations en faisant des demandes d'actes.
Vous disiez l'instant que votre cliente a subi un harcèlement qui donc avec des conséquences si bien psychiques au niveau de sa santé.Est-ce qu'on peut parler ?Je ne sais pas comment le harcèlement s'est passé, mais d'un système local au Havre entre Edouard Philippe, son adjoint entre autres, et qui fait qu'en fait la pression était trop forte sur votre cliente.
Alors je ne sais pas si on peut parler système.On peut parler en tout état de cause d'une logique qui est toujours la même pour les lanceurs d'alerte, qui est le cas de ma cliente, mais qui est le cas de pratiquement tous les vrais lanceurs d'alerte.Ce que je disais, les vrais, c'est-à-dire ceux qui sont effectivement dans des situations où à un moment donné ils sont confrontés à une réalité, une situation, et ils ne peuvent pas faire autrement que de dire non.Ce ne sont pas des militants les lanceurs d'alerte. militants les lanceurs d'alerte.Sont des gens qui sont intrinsèquement pétris par une certaine idée du juste et de l'injuste.Et quand ils constatent quelque chose qui est illégal, ils vont dire : « Mais attendez, il y a quelque chose qui ne va pas. » Et ils vont spontanément alerter leurs responsables, alerter au-dessus s'il le faut, le supérieur hiérarchie.
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Get started freeEt quand en réalité il y a une volonté de commettre ces infractions, eh bien le lanceur d'alerte devient le fou.C'est comment on élimine en réalité celui qui vient dire là ça ne va pas.Et c'est ce qui s'est passé au Havre.Et c'est ce qui se passe dans pratiquement toutes les configurations où vous avez des gens qui dénoncent des faits vrais avec bonne foi, en toute authenticité.Et la répression est toujours la même.C'est-à-dire vous êtes le fou.
Donc on va vous discréditer professionnellement, on va vous marginaliser, on va vous discriminer, on va vous priver d'accès à certaines réunions, on va vous délocaliser, on va vous priver de ce que de par exemple une délégation de signatures que vous avez.Progressivement, ce sont ce qu'on appelle des micro vexations qui font qu'au final vous avez le sentiment que vous avez dit la vérité, que vous avez fait votre travail, que vous avez été à la hauteur des ambitions qu'on portait en vous quand on vous a engagé.Et au final, vous n'êtes que celui qu'on va reléger et qui va souffrir.Il faudra savoir qu'elle va demander la rupture de son contrat de travail en raison d'un accident de travail lié justement aux dénonciations des faits qui se sont déroulés au Havre.
Cette affaire là avec le temps de la justice, est-ce qu'elle peut compromettre la candidature d'Edouard Philippe à l'élection présidentielle où le temps est suffisamment long ?En 2027, il pourra très bien être candidat.
Ça, j'avoue que je n'en sais rien parce que j'ai beaucoup de mal à comprendre comment fonctionne la société française au regard de la lutte anti-corruption. de la lutte anticorruptionDepuis, j'allais dire, moi, ça fait plus de vingt ans que je travaille sur ces questions, la corruption.J'étais avocat d'association anti-corruption.J'écris sur ces questions.Bref, je connais le système.On a eu un grand mouvement de lutte anti-corruption, j'allais dire, de 2002 à 2016, avec l'instauration dans les programmes politiques de programmes éthiques, de programmes de lutte contre la corruption, etc.
Vous n'en trouvez nulle part.Aujourd'hui, la corruption n'est plus au cœur du débat.Et en même temps, on sent qu'il y a une aspiration citoyenne aux principes d'égalité, c'est-à-dire à ce que le responsable public, comme le justiciable lambda, soit traité de la même manière par la justice.Et pourtant, on a des affaires de corruption qui se multiplient.Et en même temps, et c'est toujours les deux mamelles du populisme, corruption et inégalité fabriquent un vote qui va vers le vote populiste.Alors, est-ce que ça sera tragique pour Monsieur Philippe ?
J'en sais rien.Mais ce qui est tragique, c'est pour la démocratie.Et ça, on en subira, je crois, encore et longtemps les conséquences.
Vous venez de le dire, la corruption est un vrai problème en France.Un article vient d'annoncer 451 faits de corruption recensés en 2025.C'est trois fois plus qu'il y a dix ans.Elle semble se banaliser cette corruption.Vous l'expliquiez un peu.Comment on en est arrivé là ?
Vous avez même écrit un livre qui vient de sortir sur sur la corruption.Donc, du coup, vous êtes un peu spécialiste de la question.Comment on en est arrivé là ?Et notamment, comment ces affaires peuvent se pers fin continuer malgré des cas parfois relevés ?
Je crois qu'il y a plusieurs raisons.D'abord, une justice qui est beaucoup trop lente, des affaires complexes, une justice qui est incapable aujourd'hui justice qui est incapable aujourd'huiparce qu'elle manque de moyens.Et ça, c'est une volonté politique.La volonté politique de déshabiller la justice économique et financière.Aujourd'hui, on parle d'insécurité à longueur de tribunes, mais l'insécurité réelle, c'est le trouble qu'on crée à l'intérêt général, c'est-à-dire à ceux qui gouvernent.
Et ceux qui gouvernent, s'ils ne respectent pas la loi, c'est la démocratie qui s'effondre.Ça, le citoyen, il a du mal à le comprendre aussi, parce que souvent, du bon, bah, finalement, on a presque intégré l'idée qu'un homme politique, bah, il n'était pas blanc-blanc.Il avait le droit, que c'était pas si grave.Sauf que il va falloir à un moment donné.Je pense que ça rentre aussi dans cette question de l'éducation citoyenne.Comment concrètement on va permettre aux citoyens de comprendre que lorsque l'élu met la main dans la caisse, c'est sa poche à lui qui est vidée.
Et ça, s'il le comprendra, s'il le comprend un jour, il pourra peut-être se dire que son vote est déterminant pour faire autrement et que la démocratie fonctionne autrement.
En tout cas, merci beaucoup, Maître Carcassonne de nous avoir éclairés sur cette affaire, Édouard Philippe.Je rappelle, vous êtes l'avocat de la lanceuse d'alerte et vous êtes aussi l'auteur d'un livre sur la corruption.On peut donner le titre.
Corruption, l'effondrement de l'État de droit, puisque la question de la corruption, c'est d'abord l'État de droit, et c'est ça aujourd'hui qui est menacé.Très bien.
Merci beaucoup d'avoir été avec nous. été avec nous.
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