Loup Espargilière auditionné par le Sénat sur l'information en ligne
On n'est pas n'importe où ici.On est au Sénat.C'est un lieu qui est important pour la démocratie française, et c'est aussi le lieu où a été écrite la tristement célèbre loi Dupont.Elle a été adoptée de manière assez acrobatique d'un point de vue démocratique, puisqu'elle a échappé aux débats en séance publique, ce qui me paraît très particulier, et elle est problématique aussi d'un point de vue de la désinformation, puisque en fait, elle s'est dans son écriture et dans la manière dont elle a été vendue par ses promoteurs dans les médias, elle a été l'objet de nombreuses fausses informations, à tel point qu'on a Philippe Grandcolin, qui est directeur de recherche au CNRS, écologue, qui a dû écrire un livre entier de 150 pages pour essayer de démonter toutes les fausses informations sur la santé et l'environnement tellement ça a pululé dans ce moment-là.On n'est pas non plus dans n'importe quel moment aujourd'hui, puisqu'on assiste au détricotage en règle des maigres avancées environnementales de ces dernières années, et à des attaques répétées à la fois contre les scientifiques, non pas seulement ce qu'ils disent, mais ce qu'ils sont, et contre les agences qui aujourd'hui font à la fois l'expertise et qui régulent, enfin qui font appliquer les règles environnementales.On est aussi dans un moment où on commence encore à peine à entendre les alertes des scientifiques sur le cadmium, l'épiphase, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens, et là encore, la liste est longue.
On a plus que la sensation de revivre une histoire qui est connue et qui est peut-être celle de l'amiant, celle du plomb, celle du chlordecone, celle de scandales sanitaires qui ont mis des décennies entre les premières alertes des scientifiques et la réponse du législateur, et qui ont occasionné des milliers de morts et des pollutions pour parfois des centaines d'années, comme c'est le cas du chlordecone.Donc dans ce moment particulier, on a considéré qu'on avait besoin de franchir une nouvelle étape, et donc on est en train de monter une équipe dédiée à l'enquête et aux solutions qui va nous permettre à la fois d'essayer avec nos moyens de révéler les pollutions partout où elles sont, révéler qui sont les acteurs qui prennent ces décisions-là, et donc comment démocratiquement on peut défaire ces décisions-là et trouver des solutions à tous les niveaux pour agir, parce que il n'est pas question qu'on arrête de boire l'eau du robinet et de manger des pommes de terre.Voilà, c'est inacceptable à entendre.Et je terminerai mon propos liminaire par quelques lignes.Il date de 1962.Ces mots sont de Rachel Carson, biologiste célèbre. Rachel Carson, biologiste célèbre.
notamment parce qu'elle a fait cette enquête phénoménale, Printemps silencieux, où elle a révélé la pollution massive au DDT aux et elle a contribué à faire interdire ce pesticide qui était mortel pour les humains et la biodiversité.Donc notre époque est celle de l'industrie.Personne ne conteste à son prochain le droit de gagner un dollar, quelles qu'en soient les conséquences.Lorsque le public proteste, confronté aux preuves évidentes des dégâts causés par les insecticides, on l'endort avec des pilules à base de demi-vérités.Les risques sont calculés par les organisateurs des opérations pesticides, mais c'est le public qui les prend.C'est donc au public de dire s'il désire poursuivre la route actuelle, et pour qu'il puisse parler en connaissance de cause, il doit être informé.
Comme le dit Jean Rostant, l'obligation de subir nous donne le droit de savoir.Voilà les termes qui guident notre travail journalistique depuis 2020, on n'en change pas une ligne, et voilà quelle est notre fonction en tant que journaliste aujourd'hui.
Soutenez un journalisme allié de la science qui se bat pour votre droit de savoir.On a besoin de 5 000 personnes pour monter cette équipe d'enquête.On compte sur vous. sur vous.
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